Rhinoceros – Ionesco

Rhinoceros is a play – which I would like to see performed!
It’s a story that goes quietly.
In the beginning, everything is fine.
We are in a small village in France. With little stories of love, jealousy, spiteful tongues. With the intellectuals who are remaking the world. A real image of France.

And then that’s it. There’s a disease that’s spreading.
It’s not like the one we’re suffering from.
This one turns people into Rhinoceros.
Isn’t it silly?
At first, Rhinoceros terrify the good people.
We must do everything not to catch this horrible disease.

And then, at some point, there are more Rhinoceros than humans.
And everything changes: the codes, the rules, the idea of the Beautiful, the Good. From then on, thinking Rhinoceros becomes too fashionable.

And in the end, there is only one human left. Who feels himself going crazy.
Who wants to resist.
He will be the last man.
It’s one of the most fantastic theatrical monologues I’ve ever read. I’ve ever acted. That I’ve played apprentice actors.
Bérenger’s final monologue.

In French :

“Ce n’est tout de même pas si vilain que ça un homme. Et pourtant, je ne suis pas parmi les plus beaux ! (Il se retourne.) Daisy ! Daisy ! Où es-tu, Daisy ? Tu ne vas pas faire ça ! (Il se précipite vers la porte). Daisy ! (Arrivé sur le palier, il se penche sur la balustrade.) Daisy ! Remonte ! Reviens, ma petite Daisy ! Tu n’as même pas déjeuné ! Daisy, ne me laisse pas tout seul ! Qu’est-ce que tu m’avais promis ! Daisy ! Daisy ! ((Il renonce à l’appeler, fait un geste désespéré et rentre dans sa chambre.) Evidemment. On ne s’entendait plus. Un ménage désuni. Ce n’était plus viable. Mais elle n’aurait pas du me quitter sans s’expliquer. (Il regarde partout.) Elle ne m’a pas laissé un mot. Ça ne se fait pas. Je suis tout à fait seul maintenant. (Il va fermer la porte à clé, soigneusement, mais avec colère.) On ne m’aura pas, moi. (Il ferme soigneusement les fenêtres.) Vous ne m’aurez pas, moi (Il s‘adresse à toutes les têtes de rhinocéros.) Je ne vous suivrai pas, je ne vous comprends pas ! Je reste ce que je suis. Je suis un être humain. Un être humain. (Il va s’asseoir dans le fauteuil.) La situation est absolument intenable. C’est ma faute, si elle est partie. J’étais tout pour elle. Qu’est-ce qu’elle va devenir ? Encore quelqu’un sur la conscience. J’imagine le pire, le pire est possible. Pauvre enfant abandonnée dans cet univers de monstres ! Personne ne peut m’aider à la retrouver, personne, car il n’y a plus personne. (Nouveaux barrissements, courses éperdues, nuages de poussière.) Je ne veux pas les entendre. Je vais mettre du coton dans oreilles. (Il se met du coton dans les oreilles et se parle à lui-même dans la glace.) Il n’y a pas d’autre solutions que de les convaincre, les convaincre, de quoi ? Et les mutations sont-elles réversibles ? Hein, sont-elles réversibles ? Ce serait un travail d’Hercule, au dessus de mes forces. D’abord, pour les convaincre, il faut leur parler. Pour leur parler, il faut que j’apprenne leur langue. Ou qu’ils apprennent la mienne ? Mais quelle langue est-ce que je parle ? Quelle est ma langue ? Este du français, ça ? Ce doit bien être du français ? Mais qu’est-ce du français ? On peut appeler ça du français, si on veut, personne ne peut le contester, je suis seul à le parler. Qu’et-ce que je dis ? Est-ce que je me comprends, est-ce que je me comprends ? (Il va vers le milieu de la chambre.) Et si, comme me l’avait di Daisy, si c’est eux qui ont raison ? (Il retourne vers la glace.) Un homme n’est pas laid, un homme n’est pas laid ! (Il se regarde en passant la main sur sa figure.) Quelle drôle de chose ! A quoi je ressemble alors ? A quoi ? (Il se précipite vers un placard, en sort des photos, qu’il regarde.) Des photos ! Qui sont-ils tous ces gens-là ? M. Papillon, ou Daisy plutôt ? Et celui-là, est-ce Botard ou Dudard, ou Jean ? Ou moi, peut-être ! (Il se précipite de nouveau vers le placard d’où il sort deux ou trois tableaux.) Oui, je me reconnais ; C’est moi, c’est moi. (Il va raccrocher les tableaux sur le mur du fond, à coté des têtes des rhinocéros.) C’est moi, c’est moi. (Lorsqu’il accroche les tableaux, on s’aperçoit que ceux-ci représentent un vieillard, une grosse femme, un autre homme. La laideur de ces portraits contraste avec les têtes des rhinocéros qui sont devenues très belles. Bérenger s’écarte pour contempler les tableaux.) Je ne suis pas beau, je ne suis pas beau. (Il décroche les tableaux, les jette par terre avec fureur, il va vers la glace.) Ce sont eux qui sont beaux. J’ai eu tort ! Oh ! Comme je voudrais être comme eux. Je n’ai pas de corne, hélas ! Que c’est laid, un front plat. Il m’en faudrait une ou deux, pour rehausser mes traits tombants. Ca viendra peut-être, et je n’aurai plus honte, je pourrai aller tous les retrouver. Mais ça ne pousse pas ! (Il regarde les paumes de ses mains.) Mes mains ont moites. Deviendront-elles rugueuses ? (Il enlève son veston, défait sa chemise, contemple sa poitrine dans la glace.) J’ai la peau flasque. Ah, ce corps trop blanc, et poilu ! Comme je voudrais avoir une peau dure et cette magnifique couleur d’un vert sombre, une nudité décente, sans poils, comme la leur ! (Il écoute les barrissements.) Leurs chants ont du charme, un peur âpre, mais un charme certain ! Sine pouvais faire comme eux. (Il essaye de les imiter.) Ahh, ahh, brr ! Non, ça n’est pas ça ! Essayons encore, plus fort ! Ahh, ahh, brr ! Non, non, ce n’es pas ça, que c’est faible, comme cela manque de vigueur ! Je n’arrive pas à barrir. Je hurle seulement. Ahh, ahh, brr ! Les hurlements ne sont pas des barrissements : Comme j’ai mauvaise conscience, j’aurais du les suivre à temps. Trop tard maintenant ! Hélas, je suis un monstre, je suis un monstre. Hélas, jamais je ne deviendrai rhinocéros, jamais, jamais ! Je ne peux plus changer. Je voudrais bien, je voudrais tellement, mais je ne peux pas. Je ne peux plus me voir. J’ai trop honte ! (Il tourne le dos à la glace.) Comme je suis laid ! Malheur à celui qui veut conserver son originalité ! (Il a un brusque sursaut.) Eh bien tant pis ! Je me défendrai contre tout le monde ! Ma carabine, ma carabine ! (Il se retourne face au mur du fond où sont fixées les têtes des rhinocéros, tout en criant)  Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas !” Ionesco – RHINOCEROS

In English (with a translation…. well, no comment) :

“A man is not so ugly, though. And yet, I’m not among the handsomest! (He turns round.) Daisy! Daisy! Where are you, Daisy? You’re not going to do this! (He rushes to the door.) Daisy! (Arriving on the landing, he leans over the railing.) Daisy! Pull up! Come back, little Daisy! You haven’t even had breakfast! Daisy, don’t leave me alone! What did you promise me! Daisy! Daisy! Daisy! ((He gives up calling her, makes a desperate move and goes back to his room.) We didn’t understand each other anymore. We didn’t get on anymore. A broken marriage. It was no longer viable. But she shouldn’t have left me without explaining herself. (He looks everywhere.) She didn’t leave me a note. It’s not done. I’m completely alone now. (He’s going to lock the door, carefully but angrily.) They won’t get me. (He carefully closes the windows.) You won’t get me. (He’s talking to all the rhinoceros heads.) I won’t follow you, I don’t understand you! I remain what I am. I am a human being. A human being. (He goes to sit in the chair.) The situation is absolutely untenable. It’s my fault; she’s gone. I was everything to her. What will become of her? Someone else on her conscience. I imagine the worst, the worst is possible. Poor child abandoned in this universe of monsters! No one can help me find her, no one, because there’s no one. (New barricades, lost races, clouds of dust.) I don’t want to hear them. I’m going to put cotton wool in my ears. (He puts cotton wool in his ears and talks to himself in the mirror.) There’s no other solution than to convince them, convince them, of what? And are the mutations reversible? Eh, are they reversible? It would be a work of Hercules, above my strength. First, to convince them, we must talk to them. To talk to them, I must learn their language. Or they learn mine? But which language do I speak? What is my language? Is that French? It must be French, right? But what is French? You can call it French, if you want, no one can deny it, only I speak it. What am I saying? Do I understand myself, do I understand myself? (He goes towards the middle of the room.) What if, as Daisy told me, they’re right? (He goes back to the ice.) A man isn’t ugly, a man isn’t ugly! (He looks at himself as he runs his hand over his face.) What a funny thing! What do I look like then? What do I look like? (He rushes to a cupboard, pulls out some photos and looks at them.) Photos! Who are all these people? Mr Butterfly, or Daisy rather? And this one, is it Botard or Dudard, or Jean? Or me, maybe! (He rushes back to the cupboard from where he takes out a couple of pictures.) Yes, I recognize myself; it’s me, it’s me. (He’s going to hang up the paintings on the back wall, next to the rhinoceros’ heads.) It’s me, it’s me. (When he hangs up the paintings, you can see that they represent an old man, a fat woman, another man. The ugliness of these portraits contrasts with the heads of the rhinoceros, which have become very beautiful. Bérenger steps aside to contemplate the paintings). I’m not beautiful, I’m not beautiful. (He takes the paintings down, throws them on the floor in a fury, he goes towards the mirror.) They are the beautiful ones. I was wrong! Oh! How I wish I could be like them. I don’t have a horn, alas! How ugly, a flat forehead. I would need one or two, to enhance my drooping features. Maybe it will come, and I won’t be ashamed anymore, I’ll be able to go back to them all. But it doesn’t grow! (He looks at the palms of his hands.) My hands are sweaty. Will they become rough? (He takes off his jacket, undoes his shirt, looks at his chest in the mirror.) My skin is flabby. Ah, this body that’s too white and hairy! How I wish I had hard skin and that beautiful dark green colour, a decent nakedness, without hair, like theirs! (He listens to the bars.) Their songs have charm, a bitter fear, but a certain charm! Sine could do like them. (He tries to imitate them.) Ahh, ahh, brr! No, that’s not it! Let’s try again, harder! Ahh, ahh, brr! No, no, that’s not it, how weak it is, how lacking in vigour! I can’t manage to barrir (trumpet ?). I just scream. Ahh, ahh, brr! Screaming is not barring: As I have a guilty conscience, I should have followed them in time. Too late now! Alas, I am a monster, I am a monster. Alas, I will never become a rhinoceros, never, never! I can’t change anymore. I wish I could, I want so much, but I can’t. I can’t see myself anymore. I’m too ashamed! (He turns his back on the mirror.) How ugly I am! Woe to the one who wants to keep his originality! (He has a sudden start.) Well, too bad! I’ll defend myself against everyone! My rifle, my rifle! (He turns to face the back wall where the rhino heads are fixed, while shouting) Against everyone, I’ll defend myself! I’m the last man, I’ll stay that way till the end! I do not surrender!” Ionesco – RHINOCEROS.

I never had a chance to see this play on stage.
And I promise myself that one of Altairt’s first orders will be Rhinoceros!

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Featured Image : Rhinoceros, article published in The Thin Air, performed by the Romanian Theatre.

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